FAUT-IL
AVOIR PEUR
DE LA CRITIQUE TEXTUELLE ?
Article paru
sur Internet à l'adresse : http://www.unpoissondansle.net/rr/0201/berthoud.html
par Jean-Marc
BERTHOUD
J.-M. Berthoud habite à Lausanne. Il est théologien, écrivain
et dirige la collection «Messages» aux éditions de l'Age d'Homme.
La
critique textuelle est une question qui est bien trop souvent passée sous
silence dans les milieux évangéliques et réformés confessants. D'une manière
générale, la critique textuelle (ce que le jargon exégétique allemand
appelle la «basse critique» pour la distinguer de la prétendue «haute
critique» qui oeuvre, depuis belle lurette, à la déconstruction du texte
de la Bible) est assez bien reçue dans les milieux qui restent attachés
à l'inspiration, à l'infaillibilité et à l'autorité de la Bible.
En
gros, la haute critique avec sa recherche de sources, ses hypothèses sur
la datation des livres bibliques, sur les diverses théologies des évangélistes,
de Paul, de Jean, de Pierre, ses spéculations sur la forme des textes,
etc., est encore considérée avec une assez grande méfiance.
Ce n'est pas le cas pour la basse critique (ou la critique textuelle),
dont les présupposés ont été adoptés pour l'établissement du texte grec
à la base de la plupart de nos traductions de la Bible. Ainsi, bien des
passages de nos Bibles figurent entre crochets carrés, et les notes qui
accompagnent ces crochets sont truffées d'indications selon lesquelles
tel ou tel passage ne se trouverait pas dans «les plus anciens manuscrits»,
ou encore qu'il ne figurerait pas dans «les meilleurs manuscrits»
(Note : C'est le cas, par exemple, pour la Bible à la
Colombe.)
Le lecteur qui, frappé par de telles indications, voudrait en savoir davantage,
reste sur sa faim. Pourquoi, peut-il se demander, un manuscrit «ancien»
en majuscules grecques (IVe siècle) serait-il nécessairement
«meilleur» qu'un manuscrit «nouveau» écrit en minuscules (IXe
siècle).
Une
Bible des Témoins de Jéhovah du début de XXe siècle serait-elle
nécessairement «meilleure» qu'une Bible à la Colombe de la fin de ce siècle
? Le critère du temps serait-il absolu ? Sur la base de quels critères
de telles remarques sont-elles faites ?
+
+
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La
première méthode d'établissement du texte du Nouveau Testament a,
dans sa phase moderne, pris un essor à partir de la publication du Nouveau
Testament grec par Erasme en 1516 à Bâle et, presque simultanément en
Espagne, par une équipe de biblistes sous la direction du Cardinal Ximenes.
Les deux textes, établis à partir de manuscrits grecs du Nouveau Testament,
provenaient de ce que nous appelons aujourd'hui la tradition «Byzantine».
La seconde, qu 'on appelle couramment «éclectique», a pris son
envol principal à partir de la découverte par Tischendorf, en 1859, d'un
texte très ancien du Nouveau Testament dans un monastère orthodoxe au
pied du Mont Sinaï. Cette découverte fut confortée par la mise en lumière,
à la même époque, d'un manuscrit de type semblable "le Vaticanus"
lui aussi issu de la tradition «alexandrine» des manuscrits du Nouveau
Testament.
Cette
dernière tient depuis lors le haut du pavé dans les milieux académiques;
tandis que la première y est aujourd'hui presque totalement méconnue,
même dans les milieux réformés et évangéliques qui se veulent fidèles
à l'inspiration et à l'autorité de la Bible:
«On
peut même dire que la critique textuelle moderne du Nouveau Testament
est fondée sur une conviction fondamentale que le vrai texte du Nouveau
Testament ne se trouve en tout cas pas dans la majorité des manuscrits.
[ &] Ce rejet du texte traditionnel, c 'est-à-dire du texte préservé
et transmis par les Eglises, n'est pas le sujet de discussions orales
ni de débats écrits, c'est un fait accompli. [ &] Une investigation
critique des raisons pour un tel rejet du texte byzantin rencontre rapidement
la difficulté que ce rejet est accepté au XXe siècle comme
un fait mais n'est aucunement défendu, n'étant pas une proposition susceptible
d'être discutée.»
J. van Bruggen dans son ouvrage, The Ancient Text of the New Testament
(Premier Publishing: Winnipeg, 1988 [1978]), 11,13,14.
Signalons
d'abord, très brièvement, quelques erreurs de fait dans la position soutenue
par les partisans de la critique textuelle (C'est la position proposée,
par Alain-Georges Martin).
"Il est faux
d'affirmer que l'on commence aujourd'hui «depuis peu» à s'intéresser
aux citations bibliques chez les Pères ainsi qu'aux lectionnaires (recueils
de textes liturgiques tirés du Nouveau Testament). Il n'est que de constater
les recherches impressionnantes dans ce domaine du plus grand adversaire
au XIXe siècle de la nouvelle critique textuelle du Nouveau
Testament, John William Burgon (1813-1888).
Burgon - à l'encontre de ses collègues éclectiques, les Tischendorf,
Westcott et Hort et leurs nombreux disciples qui se rabattaient
essentiellement sur les textes de base de la tradition Alexandrine,
(le Sinaïticus et le Vaticanus) - faisait un usage systématique de tous
les documents à sa disposition, ce qui incluait les citations bibliques
des Pères ainsi que les lectionnaires. C'est sa connaissance exemplaire
de ce dernier domaine qui lui a permis de donner une explication au
fait que le texte de la femme prise en flagrant délit d'adultère (Jean
7:53-8:11) ne figure pas dans certains manuscrits anciens de l'évangile
de Jean. Comme Burgon l'a admirablement démontré dans son étude «Pericope
de adultera (J. W. Burgon, «Pericope de adultera» in: The
Causes of the Corruption of the Traditional Text of the Holy Gospels
(The Dean Burgon Society, P. O. Box 354, Collingswood, NJ 08108, 1998 [1896]),
232-265.), la raison essentielle de l'absence de ce passage dans certains
manuscrits se trouve dans le fait qu'il provenait de lectionnaires liturgiques
(choix de textes bibliques destinés à êtres lus pendant le culte) et
non du texte suivi de l'évangile de Jean. Précisons-le, les problèmes
auxquels nous nous adressons ici ne concernent en fait que certains
manuscrits défectueux du Nouveau Testament qui, par contraste avec la
Tanak juive (l'Ancien Testament des chrétiens) dont le texte fut
remarquablement préservé par la tradition massorétique, connaissent
un nombre impressionnant de variantes.
Ceci
nous amène à un deuxième point. Il est erroné de faire une opposition
dialectique entre le camp «scientifique» - celui des partisans de la méthode
éclectique - au camp des «fondamentalistes», les adhérents dogmatiques
du texte reçu, ecclésiastique ou traditionnel du Nouveau Testament. Mais
la difficulté est que cette opposition scientifique-fondamentaliste est
tout simplement fausse. En réalité, il a existé (et il existe toujours)
deux écoles de critique textuelle du Nouveau Testament, toutes deux ayant
des prétentions strictement «scientifiques», mais dont les principes méthodologiques
sont fondamentalement différents.
La
suite de nos remarques sera essentiellement consacrée à une brève tentative
de combler ce silence sur la méthodologie.
+
+
+
i)
Ceux qui sont pour la «nouvelle critique textuelle» nous parlent,
d'abord, de la tradition scientifique de l'étude du Nouveau Testament,
accusée de pratiquer une espèce de «terrorisme intellectuel» par sa prétention
à aboutir à des conclusions intellectuellement contraignantes. Il s'agit
ici de la méthode dite éclectique. Car nous avons affaire à un assemblage
de divers textes établis en théorie sans a priori doctrinal et
provenant d'une variété de manuscrits mis sur pied d'égalité et
dont la lecture correcte serait choisie par les critiques selon certaines
règles dans le dessein de tenter de reconstituer le texte original (considéré
comme perdu) du Nouveau Testament. Les grandes figures de cette tradition
qui, sur le plan textuel met le Nouveau Testament sur le même plan que
n'importe quel autre livre humain, sont Lachmann, Tischendorf,
Tregelles, Wescott, Hort, Nestle,
Aland, Metzger, etc.
Pour
cette tradition, il ne saurait, en aucun cas, être question d'affirmer
que le Saint-Esprit aurait pu objectivement oeuvrer dans l'histoire en
vue de la préservation du texte du Nouveau Testament et le protéger ainsi
des défaillances humaines des copistes et de la malveillance des ennemis
de la foi. Cette méthode, aujourd 'hui partout dominante, se rapporte
manifestement à la tradition de l 'esprit des Lumières du XVIIIe
siècle, celle d 'une modernité aux tendances résolument naturalistes,
réductionnistes et scientistes.
ii)
L'autre tradition, affublée du titre de «fondamentalisme rationaliste»,
a elle aussi des prétentions à être parfaitement scientifique. Seulement,
elle affirme, sur la base des enseignements de la Bible, que le
texte du Nouveau Testament, par son inspiration divine et son infaillibilité,
possède un caractère qui lui est propre. Ce fait nécessite, pour son étude,
l'utilisation d'une méthode appropriée au statut épistémologique exceptionnel
de ce livre dont Dieu serait à la fois l'Auteur et le Conservateur.
Sur ce point, on ne saurait mieux faire que citer les remarques éclairantes
d'un des principaux protagonistes de cette méthode scientifique fondée
sur des présupposés bibliques, Edward F. Hills. C'est un spécialiste
de l'étude textuelle du Nouveau Testament formé au Wesminster Theological
Seminary sous John Murray, Edward J. Young et Cornelius Van Til et, par
la suite, aux Universités de Yale et de Harvard. Voici ce qu 'il écrit:
«Ainsi
il y a deux méthodes de critique textuelle du Nouveau Testament, une méthode
chrétienne conséquente et une méthode naturaliste. Ces deux méthodes traitent
des mêmes matériaux, des mêmes manuscrits grecs et des mêmes traductions
de citations bibliques, mais ils interprètent ces matériaux différemment.
Les méthodes chrétiennes conséquentes interprètent les matériaux de la
critique textuelle du Nouveau Testament en fonction des doctrines de l'inspiration
divine et de la préservation providentielle des Ecritures. La méthode
naturaliste interprète ces mêmes matériaux en fonction de sa propre
doctrine selon laquelle le Nouveau Testament n'est rien d'autre qu 'un
livre humain.»
Et Hills ajoute,
«Il
est triste de constater que les savants modernes qui ont des convictions
bibliques n'ont manifesté que peu d'intérêt pour l'idée d'une critique
textuelle du Nouveau Testament systématiquement chrétienne. Pour plus
d'un siècle, la plupart se sont contentés de suivre dans ce domaine les
méthodes naturalistes de Tischendorf, Tregelles, et de Westcott et Hort
[avec comme conséquence que] les principes et les méthodes de la critique
textuelle naturaliste du Nouveau Testament se sont répandus dans tous
les domaines de la pensée chrétienne produisant à la longue une véritable
famine spirituelle.»
E. F. Hills, The King James Version Defended (The Christian Research
Press, P. O. Box 2013, Des Moines, Iowa 50310, USA, 1984 [1956]),
3.
Les
travaux de Hills ne sont que l'aboutissement au XXe siècle
d'une tradition plus ancienne d'étude des textes manuscrits du Nouveau
Testament à la fois rigoureusement scientifique et méthodologiquement
fondée sur des présupposés chrétiens. Cette tradition était dite ecclésiastique,
car elle avait comme base les textes reçus comme faisant autorité dans
l'Eglise grecque d'Orient.
Ce fut la tradition utilisée par le Cardinal Ximenes de l'école espagnole,
par Erasme de Rotterdam, par Robert Estienne, par Théodore
de Bèze, par les Elzevirs hollandais (qui ont fixé le Textus
receptus), de John OwenJ. Owen («Integrity and Puritiy of the Hebrew
and Greek Text» in John Owen, Works, XVI, «The Church and
the Bible», (Edimbourg: The Banner of Truth Trust, 1976 [1658]), 281-421.)
et de David Martin.
Disons,
en passant, que la Bible de David Martin(La Sainte Bible qui contient le Vieux et le Nouveau
Testament, expliqué avec des notes de Théologie et de Critique sur la
Version ordinaire des Eglises Réformées, revue sur les Originaux, et retouchée
dans le langage [ &] par David Martin (Deux Volumes, Folio, Amsterdam,
1707), récemment rééditée au Texas, est un des rares textes de la Bible
française, aujourd 'hui disponible en librairie, qui nous donne une traduction
en fonction du texte Ecclésiastique (ou Byzantin) du Nouveau Testament.
Cette anomalie n'existe ni pour l'anglais (la version King James), ni
pour l'allemand (la Bible de Luther), ni même pour l'espagnol (la Bible
Reina-Valera), toutes couramment disponibles en versions modernisées.
Cette
tradition textuelle «ecclésiastique» fut reprise au XIXe siècle,
particulièrement en Angleterre, puis au XXe des savants américains
en prirent la relève. Parmi les figures éminentes de cette école peu connue
de critique textuelle du Nouveau Testament, citons les noms suivants :
Au XIXe
siècle :
- John William
Burgon, The Last Twelve Verses of Mark (Grand Rapids: Associated
Publishers and Authors, s.d. [1871]) avec une importante introduction
de 50 pages de Edward F. Hills; The Revision Revised, A. G. Hobbs
(P.O. Box 14218, Fort Worth, Texas 76117), 1983 [1883]; The Traditional
Text of the Holy Gospel Vindicated and Established (Dean Burgon
Society Press, Box 354, Collingswood, New Jersey 08108, U.S.A., 1998
[1896]); The Causes of the Corruption of the Traditional Text of
the Holy Gospels (Dean Burgon Society Press, 1998 [1896]).
- T. R. Birk,
Essay on the Right Estimation of Manuscript Evidence in the Text
of the New Testament (Londres: 1878).
- E. Miller,
A Guide to the Textual Criticism of the New Testament (London,
1886).
- F. H. A. Scrivener,
A plain Introduction to the Criticism of the New Testament (London:
George Bell, 1894, 2 vols.).
Puis au XXe,
nous trouvons :
- Edward F.
Hills, The King James Version Defended, The Christian Research
Press (P. O. Box 2013, Des Moines, Iowa 50310, USA, 1984 [1956]);
Believing Bible Study (CRP, 1991 [1967]); «Introduction» dans
J. W. Burgon, The Last Twelve Verses of Mark (Grand Rapids: Associated
Publishers and Authors, s.d).
- Wilbur N.
Pickering, The Identity of the New Testament Text
(Nashville: Thomas Nelson,1980 [1977]). De cet ouvrage, D. A. Carson,
dans son livre, The King James Version Debate, écrivait: «Il
s'agit de la plus impressionnante défense de la priorité du texte Byzantin
publiée à ce jour.» De son coté John Wenham écrit dans l'Evangelical
Quarterly: «Ce n'est pas souvent qu'on lise un livre qui a pour
effet de réorienter entièrement notre approche d'un sujet, mais c'est
ce que ce livre a fait pour moi.»
- Theodore
P. Letis, éd., The Majority Text. Essays and Reviews in the Continuing
Debate, (Institute for Biblical Textual Studies, (P. O. Box 5114,
Fort Wayne, Indiana, 46895, U.S.A., 1987); The Ecclesiastical Text.
Text Criticism, Biblical Authority and the Popular Mind (The Institute
for Renaissance and Reformational Biblical Studies, 6417 N. Fairhill,
Philadelphia, PA 19126, U.S.A., 2000).
- Jakob van Bruggen,
professeur de Nouveau Testament au Collège Théologique Réformé de Kampen
aux Pays-Bas, The Ancient Text of the New Testament
(Winnipeg: Premier Publishing, 1988 [1978])..
Le texte traditionnel
grec du Nouveau Testament est aujourd 'hui à nouveau disponible en librairie
dans l'édition établie par les soins de Zane Hodges et de A. Forstad,
Z. Hodges et A. Forstad, The Greek New Testament According to
the Majority Text (Nashville, Ten.: Nelson).
La
position textuelle traditionnelle ou ecclésiastique défendue par cette
école peut se targuer d'avoir pour base de sa démarche, non seulement
une analyse scrupuleusement scientifique des textes, mais également des
positions confessionnelles réformées classiques. C'est ainsi que dans
La confession de foi de Westminster, traitant de L'Ecriture Sainte,
nous lisons:
«L
'Ancien Testament - en hébreu (langue maternelle de l'ancien peuple de
Dieu) et le Nouveau Testament en grec (langue la plus répandue parmi les
Nations à l'époque de sa rédaction), directement inspirés par Dieu et
gardés purs, au long des siècles, par sa providence et ses soins particuliers,
sont authentiques.»
Les Textes de Westminster (Aix-en-Provence: Kerygma, 1988), 5.
(I.8)
Et
dans la dernière des Déclarations confessionnelles réformées, le Consensus
helvétique de 1675 nous pouvons lire au Canon I :
«Dieu,
dont la bonté et la grandeur sont infinis, a non seulement fait rédiger
par écrit par Moïse, par les prophètes et par les apôtres, la Parole qui
est la puissance à tout croyant, mais il a encore, jusqu'à cette heure,
veillé continuellement avec une affection paternelle sur ce Livre
pour empêcher qu'il ne fut pas corrompu par les ruses de Satan, ou par
quelque artifice des hommes. L'Eglise reconnaît donc avec beaucoup de
raison que c'est à une grâce et une faveur de Dieu toute particulière,
qu'elle est redevable de ce qu'elle a et de ce quelle aura jusqu'à la
fin du monde. La parole des prophètes renferme les Saintes Lettres,
dont un seul point et un seul iota ne passera point, non pas même quand
les cieux et la terre passeront.»
J. Gaberel,
Histoire de l 'Eglise de Genève depuis le commencement de la Réformation
jusqu 'à nos jours (Genève: Cherbuliez, 1862, Tome III), 496. Une
traduction anglaise du Consensus Helveticus se trouve dans John
H. Leith (Ed.) Creeds of the Churches (John Knox Press, Atlanta,
1977 [1963]), 308-323.
+
+
+
i)
Les problèmes textuels que nous posent un certain nombre (moins de
20%) des manuscrits ne concernent pas du tout le texte Massorétique de
l'Ancien Testament, car les scribes de la Synagogue exerçaient une discipline
sévère sur le travail de copie des manuscrits de la Tanak.
ii)
L 'immense majorité (de 80 à 90% des manuscrits du Nouveau Testament
actuellement disponibles, les minuscules de la tradition ecclésiastique
de l'Eglise grecque d'Orient) sont pour l'essentiel unanimes. Wilbur
Pickering écrit :
«L'argument
tiré de la probabilité statistique revient ici avec une force irréfutable.
Non seulement les manuscrits connus nous présentent un texte qui jouit
d'une majorité allant de 80-90%, mais les 10-20% des manuscrits restants
ne représentent pas un texte concurrent unique. Les manuscrits minoritaires
sont autant (sinon plus) en désaccord les uns avec les autres qu'ils le
sont avec le texte majoritaire. [ &] Pour prendre un cas spécifique,
dans I Timothée 3:16
"Et
sans contredit, le mystère de la piété est grand, savoir, que Dieu
a été manifesté en chair, justifié en Esprit, vu des Anges, prêché aux
Gentils, cru au monde, et élevé dans la gloire.
1 Timothée 3:16 (version Martin)
plus
de 300 manuscrits grecs lisent «Dieu» tandis que seulement 11 ont une
autre lecture. Sur ces 11, deux ont une lecture particulière, deux
ont une troisième lecture et les sept autres sont d 'accord pour lire
«qui». Ainsi nous devons juger entre 97% et 2%, entre «Dieu» et «qui».
Il est difficile d'imaginer une quelconque série de circonstances dans
l'histoire de la transmission des manuscrits qui aurait pu produire un
renversement aussi cataclysmique des probabilités nécessaire à l 'imposition
de «qui» comme lecture correcte.»
W. Pickering, op. cit., 118-119.
iii)
La méthode éclectique de recherche d'établissement du texte du Nouveau
Testament se trouve aujourd 'hui dans une impasse. Plus personne dans
ces milieux ne considère que, par les méthodes à présent presque universellement
admises dans les milieux académiques, il puisse encore être possible d'espérer
découvrir un texte véritablement authentique du Nouveau Testament. C'est
cet état d'incertitude méthodologique que décrit le professeur Jakob van
Bruggen en évoquant la situation impossible dans laquelle se trouvent
les éditeurs du texte du Nouveau Testament
(Il s'agit ici de la troisième édition du Texte Grec du
Nouveau Testament publiée par les Sociétés Bibliques Unies) :
«Cela
signifie à nouveau que l'accord s'est fait autour d'un texte de type consensuel
qui est fondé sur un principe d'incertitude. Cette fois on n'a pas établi
le texte du Nouveau Testament sur une moyenne tirée à partir de trois
éditons différentes du texte, comme cela avait été le cas pour les plus
anciennes versions du Nestle, mais on a maintenant établi une moyenne
entre les opinions de cinq critiques du texte. Aland, Black, Martini,
Metzger et Wikgren qui ont ensemble travaillé à fixer le texte du Nouveau
Testament grec par voie majoritaire. Il ressort clairement du Commentaire
Textuel écrit par Metzger pour ce texte que de nombreuses lectures ont
été uniquement choisies par le comité à la majorité des voix. Qu'ils ne
soient pas parvenus à l'établissement unanime d'un texte déterminé n'est
en soi guère surprenant. Car à présent il n'existe aucune certitude quant
à l'histoire de la tradition textuelle. [ &] L'accord ainsi publiquement
fixé concernant l'édition du texte à utiliser ne fait que masquer l'incertitude
qui a régné pendant tout le processus d'établissement du texte .
J. van Bruggen,
The Ancient Text of the New Testament, op. cit.,10-11.
iv)
L 'ancienneté d'un manuscrit ne garantit pas nécessairement sa qualité
ni son authenticité. Comme nous l'avons déjà indiqué les manuscrits majuscules,
le Vaticanus et le Sinaiticus du IVe siècle ne
sont pas, par le seul fait de leur ancienneté, nécessairement de bons
textes du Nouveau Testament.
C'est également le cas pour les nombreux papyrus découverts dans les sables
d'Egypte au cours du XXe siècle qui, pour la plupart, sont
des copies très défectueuses de passages du Nouveau Testament. Il se
peut fort bien que la préservation étonnante du Sinaiticus et du
Vaticanus soit, en fait, due à ce qu'ils n 'ont jamais été utilisés
dans la liturgie de l'Eglise à cause de leur caractère peu fiable.
C'est, par exemple, ce qui pourrait se passer pour une Bible des Témoins
de Jéhovah dans une famille chrétienne. Elle n'aurait pas subi l'usure
que connaîtrait une Bible plus orthodoxe du fait de son utilisation quotidienne
pour le culte de famille.
v)
Par contre, la nouvelle critique textuelle pose très explicitement
(et très justement) la question suivante : Est-il possible d'exclure
la foi de la recherche scientifique ?
La tradition d'étude prétendument scientifique du texte du Nouveau Testament
qui va de Lachmann et de Tischendorf, en passant par Westcott et Hort,
jusqu'à Nestle et Aland
(ici le nom prestigieux de Warfield doit être ajoutéVoyez de B. B. Warfield,
An Introduction to the Textual Criticism of the New Testament,
(Londres: Hodder and Stoughton, 1893) et les deux premiers chapitres du
livre de Th. P. Letis, The Ecclesiastical Text. Text Criticism, Biblical
Authority and the Popular Mind, op. cit., 1-58.)
affirme, dans la perspective totalement immanente de la modernité,
que l'établissement du texte authentique du Nouveau Testament peut,
en effet, se passer de la foi du savant, comme si ce texte ne provenait
pas du fait de l'action révélatrice de Dieu lui-même, action surnaturelle
qui fait partie de la nature même de l'objet étudié. C'est ainsi que cette
tradition méthodologiquement incrédule affirme que le texte des
Ecritures n'a aucunement eu besoin, pour sa préservation contre les attaques
du diable et des effets destructeurs de la malice des hommes, de l'action
du Saint-Esprit.
Tout
au contraire, la tradition véritablement scientifique de l'étude des
manuscrits du Nouveau Testament tient compte de la nature surnaturelle
de l'objet de ses recherches. On a vu comment la tradition textuelle
de l'Eglise ancienne, ressuscitée lors de la Réformation du XVIe
siècle, et reprise par les Burgon, Scrivener, Hills, Pickering et Hodges
des XIXe et XXe siècles, respecte, dans son
étude scientifique du texte sacré, la manière surnaturelle merveilleuse
par laquelle le Dieu Souverain a préservé, et préservera encore, contre
les assauts d 'une fausse science qui ne sait mettre Dieu dans ses pensées.
Terminons
par une question.
A quoi pourrait donc servir la doctrine de l'inspiration, l'infaillibilité
et l'inerrance divines de la Bible si le texte qui se trouve entre nos
mains ne se trouvait pas être entièrement digne de notre foi?
+
+
+
Contrairement
aux doutes que pourraient susciter en nous une science incrédule qui cherche
à se passer de Dieu, même quand elle étudie son Saint Livre, on peut
paisiblement affirmer que ce Livre est bel et bien pleinement digne de
foi.
Car Dieu a veillé avec tant de soin sur la transmission à travers les
âges du texte de sa Parole écrite que, malgré les falsifications de ceux
qui s'établissent eux-mêmes, à la place du Saint-Esprit, comme juges de
ce qui est de Dieu et de ce qui ne l'est pas, nous pouvons, encore
aujourd'hui, malgré le magma des éditions sans nombre de Bibles fondées
sur des textes partiellement falsifiés, encore retrouver des traductions
de la Sainte Ecriture en français qui ne trahissent
pas le texte de la Parole de Dieu donnée aux hommes une fois
pour toutes afin que, par son témoignage infaillible, ils puissent véritablement
connaître avec exactitude la pensée de Dieu
(Ceci ne veut pas dire que les versions courantes (Colombe, TOB, Darby,
Segond, Synodale, Osty, Crampon, Jérusalem [1956], etc.) ne nous permettent
pas, par l'action dans notre coeur du Saint-Esprit, de connaître Dieu
et sa pensée. Il faut cependant répéter que ces versions ne peuvent tout
simplement pas avoir la sûreté de celles qui sont fondées sur la tradition
majoritaire du texte grec du Nouveau Testament tel qu'il a depuis toujours
été reçu dans les Eglises d'Orient.,
à savoir les Bibles
- Martin La
Sainte Bible, Version Martin (1855 [1707], Association Biblique
Internationale, Box 225,646, Dallas, Texas 7526 5, USA, 1980).
- Ostervald Bible,
Version Ostervald (Laon, 1996).
- et celle de la
Trinitarian Bible Society : La Sainte Bible (Londres: Trinitarian
Bible Society).
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